11 septembre 2018

Déconstruction de 5 sous-marins à Cherbourg : "un projet inédit"

Après les navires en fin de vie, Veolia se voit confier, à Cherbourg, la déconstruction et la valorisation de 5 ex-Sous-marins Nucléaire Lanceur d'Engin (SNLE). Pascal Tissot, Président de Veolia Déconstruction France, nous explique les enjeux de ce contrat hors-norme.

 
Déconstruction de 5 ex-SNLE


Après le SNLE Le Tonnant, les 4 sous-marins Le Terrible, Le Foudroyant, L’Indomptable et L’Inflexible seront à leur tour déconstruits. Les matières recyclables issues de cette opération - essentiellement des métaux ferreux et non-ferreux - seront triées et préparées afin d’être vendues. 87% de ces matières pourront être recyclés. Chaque vaisseau sera traité dans un délai de 18 mois.  Pascal Tissot, Président de Veolia Déconstruction France, nous donne les détails de ces opérations qui seront menées à Cherbourg.
 
 
 
Pascal TISSOT, Président de Veolia Déconstruction France
Veolia France : Pouvez-vous nous dresser un panorama général du contrat?

Pascal Tissot : La DGA (Direction générale de l’armement) a chargé Naval Group du désamiantage, de la déconstruction et la valorisation des déchets des 5 ex-SNLE de la série du Redoutable : Le Terrible, Le Tonnant, Le Foudroyant, L’inflexible et L’Indomptable. Pour l’aider à réaliser ce marché, Naval Group a sélectionné 2 prestataires pour l’accompagner : Veolia et Neom (Groupe Vinci). Veolia est en charge de deux des trois lots : la déconstruction et la valorisation. Le 3ème lot (le désamiantage) sera réalisé par Neom.

VF : Comment vous êtes-vous préparé et quelles seront les différentes phases du chantier?

PT : Le chantier a commencé avant la mise en cale du sous-marin avec, notamment, une phase études de 2 ans pour l'élaboration conjointe du scénario global de déconstruction, désamiantage et valorisation. Différents travaux de préparation du site ont également eu lieu, parmi lesquels l’installation d’une grue à tour par Veolia. C’est un chantier qui se décompose en plusieurs phases : l’installation du chantier et la sécurisation de la coque, la dépollution, le désamiantage, la déconstruction et valorisation des déchets, le repli du chantier et retour d'expérience. Chaque coque sera intégralement traitée dans un délai de 18 mois.

VF : Dans cette opération, quelle est la part de matériaux recyclés ou valorisés par Veolia ? Quels sont ces matériaux, dans quelles proportions ?

PT : Le taux de recyclage matière “cible” est de 87% : tous les déchets valorisables sont traités par Veolia. La grande majorité des matériaux valorisés sont des métaux ferreux (ferrailles, plomb) et non-ferreux (inox, cuivre…). 5 300 tonnes de déchets sont ainsi valorisés pour un SNLE de 6 100 tonnes. S'agissant de déchets métalliques, ils sont réintégrés directement dans la production de métaux ferreux ou non-ferreux par les aciéries et fonderies. Compte-tenu de la composition du SNLE, la valorisation énergétique est très marginale et concerne essentiellement certains fluides.

VF : Qu’en est-il des matériaux non-valorisables et de la partie nucléaire?

PT : Concernant les matériaux non-valorisables, comme les déchets industriels banals et les déchets dangereux, ils sont pris en charge, traités et valorisés sur des exutoires Veolia. Quant à la tranche du SNLE contenant la partie nucléaire (propulsion), elle a été retirée en amont par Naval Group ; les 2 parties "non nucléaires" du SNLE ont ensuite été ressoudées et le SNLE mis en eau, en attente de sa déconstruction.

VF : Pour un tel chantier, comment sont prévenus les risques de pollution?

PT : La déconstruction en forme de radoub ou cale sèche (bassin qui permet l’accueil de navires et leur mise à sec)  permet la meilleure maîtrise des risques de pollution car tous les effluents présents sur le site sont récupérés.  Cette méthode exceptionnelle présente de meilleures garanties que les deux méthodes les plus fréquemment utilisées ailleurs dans le monde : sur plage (beaching), ou encore en slipway (à savoir en pente inclinée donnant directement sur le fleuve, la mer) où la mise en place de barrages anti-pollution n’est pas aussi fiable...

VF : Quelle équipe Veolia sera dédiée à ce chantier?

PT : L'équipe de Veolia présente à Cherbourg va se consacrer à ce projet. Cette équipe autonome est constituée d'une vingtaine de collaborateurs comprenant une structure de pilotage et une équipe d'opérateurs du chantier, avec des formations variées (habilitations électriques, conduite d'engins (CACES), conduite de camion,  habilitations SST, manutention).

VF : Sur quelle expérience s’appuie Veolia?
 
PT : Le projet s'inscrit dans le droit fil des récents contrats réalisés par Veolia pour la déconstruction des navires en fin de vie et de valorisation des coques (Jeanne d'Arc et Colbert). Ces précédentes expériences ont notamment souligné le rôle essentiel de la cellule de pilotage dédiée au contrat et l’importance de la positionner physiquement sur place. Des navires aux sous-marins, c’est essentiellement en France que Veolia développe son expertise mondiale sur ce marché de la déconstruction.

VF : Est-ce un projet inédit pour Veolia ?

PT : Tout à fait, c’est un projet inédit en soi ! En effet, c’est la première opération de ce type en France (il s'agit de la première génération de SNLE) et il n'y a pas eu de déconstruction de sous-marins nucléaires en France à ce jour. Pour Veolia aussi c’est un projet inédit, tant  par son ampleur et sa durée, que par l'importance du partenariat industriel.
 

Aller plus loin : 

⇒ La déconstruction écoresponsable de deux fleurons de la Marine nationale française
⇒ Vidéos : Le démantèlement de l’ex Jeanne d’Arc & Le démantèlement des rames du RER A

 

Le chantier en chiffres

- 6 100 tonnes : poids d'un sous-marin nucléaire lanceur d’engin (SNLE)

- 5 300 tonnes valorisées, dont 1 500 tonnes de coque, 2 000 de ferrailles, 800 de plomb et 1 000 de métaux non-ferreux (inox, cuivre…)

- 87% :  taux de valorisation des matières

- 20 collaborateurs de Veolia mobilisés sur le site de Cherbourg

- 18 mois : temps nécessaire à la déconstruction d’un SNLE