Qualité de l’eau : la transparence repose sur la capacité à surveiller, comprendre et agir

Temps de lecture : 10 minutes
Géraldine Sénémaud
Géraldine Sénémaud
Directrice des opérations de l’Eau France, Veolia

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「

Je travaille chaque jour sur une question au cœur de notre métier et qui concerne directement tous les habitants que nous desservons : comment contribuer, aux côtés des collectivités, à garantir la qualité de l’eau que nous buvons ?

」

Pour moi, cette question ne se résume pas à un résultat d’analyse. La qualité de l’eau potable se construit dans la durée, avec une connaissance fine des ressources et des installations, une surveillance adaptée à chaque territoire et la capacité à mobiliser rapidement les bonnes expertises et les moyens les plus adaptés lorsque cela est nécessaire.

➜ Cette exigence s’inscrit dans un cadre réglementaire strict, qui définit les responsabilités de chacun, les contrôles à réaliser et les exigences auxquelles l’eau potable doit répondre. 

La collectivité, en tant que responsable du service public de l’eau et, selon l’organisation du service, personne responsable de la production ou de la distribution de l’eau (PRPDE), est au cœur de cette gouvernance et des décisions à prendre pour assurer la sécurité sanitaire de l’eau. Cette responsabilité porte notamment sur la performance et la sécurité des infrastructures : lorsque les installations doivent être adaptées, renforcées ou renouvelées, c’est à la collectivité qu’il revient de décider et de réaliser les investissements nécessaires.

Notre rôle, en tant qu’opérateur, est de mettre notre expertise et nos moyens à son service pour de l’accompagner dans la durée : identifier les besoins d’évolution des installations, alerter sur les insuffisances constatées et contribuer à définir les solutions les plus adaptées, qu’il s’agisse du traitement de l’eau ou du réseau de distribution.

C’est aussi dans cette relation de partenariat que je situe la transparence sur la qualité de l’eau : produire et partager une information fiable pour éclairer les décisions de la collectivité, mais aussi permettre à chacun de comprendre la qualité de l’eau qu’il consomme et, lorsque cela est nécessaire, ce que les résultats impliquent concrètement.

 

L’essentiel à retenir

Chez Veolia :

  • Plus de 6 millions d'analyses ont été réalisées en 2025 sur les services d’eau potable opérés en France.
  • Plus de 10 millions d’euros sont consacrés chaque année aux analyses, avec une surveillance adaptée aux caractéristiques et aux risques de chaque territoire.
  • Des laboratoires internes, complétés par des laboratoires partenaires externes spécialisés, contribuent à cette surveillance. 
  • La surveillance porte également sur les risques émergents, notamment les PFAS, les métabolites de pesticides et d’autres micropolluants.
  • En cas de situation sensible, des moyens mobiles peuvent être mobilisés rapidement, comme les modules Diabolo ou des unités mobiles de traitement.
  • La transparence passe enfin par la capacité à informer rapidement les consommateurs, en lien avec la collectivité, avec des dispositifs adaptés à la situation : campagnes de SMS, appels, e-mails, sites internet ou pages locales du service.

La qualité de l’eau : une surveillance qui commence bien avant le robinet

La qualité de l’eau potable ne se résume pas à une analyse réalisée ponctuellement au robinet. Elle se construit tout au long de la chaîne, depuis la ressource jusqu’à la distribution.

En France, le contrôle sanitaire réglementaire est réalisé sous la responsabilité des autorités sanitaires, les Agences régionales de santé (ARS). La collectivité, en tant que responsable du service public et, selon l’organisation du service, PRPDE, définit le cadre et les orientations du service. Lorsqu’elle confie l’exploitation du service à un opérateur, celui-ci met en œuvre, dans le cadre du contrat et de la réglementation, les dispositifs de surveillance et d’exploitation nécessaires et l’alerte en cas de situation nécessitant une décision ou une action.

Notre rôle consiste donc à apporter à la collectivité une vision aussi complète que possible de la qualité de l’eau et de son évolution. Cela passe par des analyses régulières, pouvant aller jusqu’à une surveillance continue de certains paramètres, mais aussi par une connaissance fine des installations, des ressources et des risques propres à chaque territoire.

En 2025, plus de 6 millions d’analyses ont ainsi été réalisées en France par Veolia. Plus de 10 millions d’euros sont consacrés chaque année à ces analyses. Ce volume traduit une réalité importante : derrière chaque résultat d’analyse, il y a des prélèvements, des équipes formées, des laboratoires, des équipements, des procédures et des systèmes permettant de collecter et de suivre les données. Ces informations constituent autant d’éléments utiles aux équipes d’exploitation comme aux collectivités pour piloter le service et prendre les décisions appropriées.

Ne pas seulement contrôler : adapter la surveillance aux risques

La réglementation définit un socle de contrôle indispensable. Mais une surveillance efficace doit aussi tenir compte des spécificités locales. La qualité de la ressource, son environnement, les activités présentes sur le territoire, l’historique des analyses ou encore l’évolution des connaissances scientifiques peuvent conduire à renforcer la surveillance de certains paramètres.

Cela peut passer par des analyseurs en continu permettant de suivre notamment le chlore, le pH ou la turbidité et de déclencher une alerte lorsqu’un paramètre s’écarte des valeurs attendues. D’autres paramètres, comme les nitrates ou certains paramètres microbiologiques, font l’objet d’analyses régulières. Sur certains territoires présentant des risques particuliers, la fréquence des analyses est renforcée.

Cette organisation permet de passer d’une logique de contrôle ponctuel à une surveillance dynamique, capable de détecter plus rapidement une évolution inhabituelle de la qualité de l’eau. 

Anticiper les risques émergents : l’exemple des PFAS

La transparence suppose également de ne pas attendre qu’un risque devienne pleinement visible pour commencer à le surveiller.

Les PFAS, certains métabolites de pesticides et d’autres micropolluants émergents illustrent bien cette évolution. Les connaissances scientifiques progressent, les méthodes d’analyse se perfectionnent et la réglementation évolue en conséquence. 

「Notre rôle est d’aider les collectivités à anticiper les risques et à mieux caractériser ceux qui peuvent concerner leur territoire, grâce à notre expertise.」

Depuis janvier 2026, la recherche de 20 PFAS est obligatoire dans le cadre du contrôle sanitaire réalisé par les ARS, avec une limite de qualité de 0,1 µg/L pour la somme de ces 20 PFAS.

Veolia a anticipé cette évolution en lançant dès novembre 2023 une campagne nationale d’analyse des 20 PFAS réglementés dans l’eau potable en France. Entre novembre 2023 et septembre 2024, cette campagne a porté sur plus de 2 400 points de prélèvement gérés par Veolia, desservant plus de 20 millions d’habitants. Les résultats ont montré une conformité au regard de la limite de qualité applicable aux 20 PFAS pour plus de 99 % des points de prélèvement analysés.

La situation doit être appréciée localement, car la présence de PFAS peut être liée à l’environnement du captage et à certaines activités industrielles ou usages historiques, notamment les mousses anti-incendie. La surveillance est donc renforcée dans les territoires présentant des risques particuliers.

Cette capacité d’anticipation s’appuie aussi sur la R&D et sur le développement de nouvelles méthodes d’analyse. Nous testons de nouvelles technologies pour améliorer la détection de certaines substances et mieux caractériser les risques. L’objectif : produire la bonne donnée au bon moment pour permettre à la collectivité et aux équipes opérationnelles de prendre les décisions adaptées.

Transformer la donnée en décision

Une analyse n’a de valeur que si elle permet de comprendre une situation et, lorsque cela est nécessaire, d’agir. Lorsqu’un résultat inhabituel est détecté, il faut pouvoir le confirmer, le caractériser, en rechercher l’origine et évaluer ses conséquences potentielles. Cette capacité à passer rapidement de l’analyse à l’action repose à la fois sur des compétences, des moyens et une organisation adaptés.

C’est dans cette logique que notre organisation s’appuie sur des laboratoires internes, complétés par des laboratoires externes spécialisés. Les équipes opérationnelles disposent également d’outils numériques pour planifier les prélèvements, suivre les analyses et organiser les interventions.

Ces outils contribuent à fiabiliser l’ensemble de la chaîne : les prélèvements et les tâches sont planifiés, les données sont suivies et les informations nécessaires peuvent être transmises directement aux laboratoires partenaires.

L’objectif est de disposer, à chaque étape, d’une donnée fiable et exploitable. Pour permettre à la collectivité de prendre une décision pertinente, il faut pouvoir s’appuyer sur des informations fiables, tracées et disponibles au bon moment.

En cas de problème, la réactivité devient essentielle

Lorsqu’une anomalie ou une pollution est détectée, il faut alors être capable de passer rapidement de la détection à l’action. Notre rôle d’opérateur est de pouvoir mobiliser rapidement les expertises et les moyens nécessaires, en lien étroit avec la collectivité et dans le respect des responsabilités de chacun.

Le laboratoire mobile Diabolo en est un exemple. Développé par la R&D de Veolia, il peut être installé au plus près d’un captage pour analyser une pollution et contribuer à identifier rapidement la solution de traitement la plus adaptée.

Lorsque la situation le nécessite, des unités mobiles de traitement peuvent également être déployées. Elles permettent d’apporter temporairement des capacités de traitement supplémentaires, notamment lors de certaines pollutions (turbidité, pesticides, certains PFAS, nitrates…) ou situations d’urgence.

Cette capacité de réaction repose sur une combinaison de moyens : expertise analytique, connaissance des installations, compétences en traitement de l’eau et équipements mobilisables rapidement. L’objectif est simple : réduire autant que possible le temps entre l’identification d’un risque, sa compréhension et la mise en œuvre d’une réponse adaptée.

Informer les consommateurs : une responsabilité partagée

La transparence prend une autre dimension lorsqu’un problème est susceptible de concerner les consommateurs.

Dans ce cas, il ne suffit pas de disposer d’une information techniquement exacte. Il faut aussi être capable de la transmettre rapidement, de manière compréhensible et aux personnes réellement concernées. L’information des consommateurs s’inscrit dans la gouvernance du service et se construit avec la collectivité, qui définit notamment les modalités de communication adaptées à la situation.

Selon la nature et l’ampleur de la situation, différents canaux peuvent être mobilisés : SMS, appels téléphoniques, e-mails, sites internet, pages locales du service ou espaces clients en ligne. Les messages peuvent préciser la nature du problème, les secteurs concernés, les éventuelles précautions à prendre, les actions engagées et les modalités de suivi.

Notre rôle est notamment de fournir les éléments techniques permettant de caractériser la situation et de contribuer à la préparation d'une information claire et actualisée. Cette capacité est particulièrement importante en situation d’urgence : l’information doit évoluer avec la situation et permettre à chacun de savoir concrètement ce qu’il doit faire.

Pour moi, c’est une dimension centrale de la transparence : mettre à disposition une donnée fiable, mais aussi donner à la collectivité et aux consommateurs les clés pour la comprendre et agir en conséquence.

Une expertise locale, renforcée par une organisation nationale

La surveillance de la qualité de l’eau se fait au plus près des territoires. Les équipes locales connaissent les ressources, les installations, les réseaux et les spécificités de chaque service. C’est cette proximité qui permet à Veolia de jouer pleinement son rôle de partenaire des collectivités : comprendre les enjeux propres à chaque territoire, apporter une expertise opérationnelle et contribuer au quotidien à la performance et à la sécurité du service.

Cette expertise bénéficie également d’une organisation nationale. Veolia définit des standards et des consignes communes de surveillance afin de partager un même niveau d’exigence dans les services opérés. Les équipes nationales accompagnent leur mise en œuvre, suivent l’évolution de la réglementation et contribuent à diffuser les bonnes pratiques.

Cette organisation permet de capitaliser sur les retours d’expérience et de mettre en commun les connaissances acquises sur les différents territoires.

Elle s’accompagne d’un effort important de formation. Les équipes sont régulièrement formées aux prélèvements, aux analyses, aux évolutions réglementaires et aux bonnes pratiques de surveillance.

Cette combinaison entre proximité territoriale et expertise collective est essentielle : la qualité de l’eau est toujours locale, mais les moyens et les connaissances peuvent être partagés au niveau du groupe, au service de la collectivité.

Prévenir plutôt que seulement traiter

Enfin, la transparence sur la qualité de l’eau ne doit pas conduire à intervenir uniquement lorsque la pollution est déjà présente.

Le meilleur traitement reste souvent celui dont on peut éviter d’avoir besoin. La protection des ressources constitue donc un volet important de la sécurité sanitaire de l’eau.

Les analyses permettent notamment de mieux comprendre l’évolution de la ressource et d’identifier les substances préoccupantes. Ces données peuvent ensuite être croisées avec la connaissance du territoire pour rechercher l’origine des pollutions et identifier les actions possibles en amont.

Veolia accompagne ainsi les collectivités dans la protection des ressources et dans la mise en place de plans de gestion de la sécurité sanitaire des eaux (PGSSE), qui permettent d’identifier les risques susceptibles d’affecter la qualité de l’eau et de définir les mesures de prévention et de maîtrise adaptées.

Cette approche change la perspective : il ne s’agit plus seulement de se demander comment traiter une pollution lorsqu’elle arrive, mais aussi comment mieux connaître les risques pour pouvoir les prévenir.

Faire de la transparence un outil au service du territoire

La transparence sur la qualité de l’eau est parfois réduite à l’accès aux résultats d’analyses. Ces données sont évidemment indispensables. Mais elles ne constituent qu’une partie de la réponse.

Une transparence réellement utile repose sur toute une chaîne : produire des données fiables, surveiller les évolutions, anticiper les risques, comprendre les anomalies, mobiliser rapidement les moyens nécessaires et informer les consommateurs. C’est cette chaîne que nous cherchons à renforcer chez Veolia.

Notre objectif est de faire de la donnée et de l’analyse non pas une fin en soi, mais des outils au service de la décision et de la sécurité sanitaire : pour mieux prévenir les risques, adapter la surveillance aux réalités des territoires, choisir les solutions de traitement les plus pertinentes et permettre aux consommateurs de comprendre la qualité de l’eau qu’ils boivent.

La transparence commence par une donnée fiable. Elle prend tout son sens lorsqu’elle permet à la collectivité de décider, aux équipes d’agir et aux consommateurs de comprendre.