Veolia au LH Forum 2021 : « Pour préserver la ressource en eau, il faut agir sur sa consommation et surtout réutiliser l'eau »

Le LH Forum, créé par Jacques Attali au Havre (France) il y a 10 ans, devient cette année le forum “LH2O, l'avenir de la planète bleue”. Ce nouveau rendez-vous des territoires en lien avec l’économie maritime, traite des enjeux de l’eau, sous toutes ses formes, et dans tous ses usages. Le 23 septembre était consacré au thème de “La mer, l’avenir de l’Homme”. Interrogé par le conseil des jeunes du Forum, Pierre Ribaute, directeur général Eau de Veolia en France, a présenté les solutions du Groupe dans la table ronde « Allons-nous boire l'océan ? ».

L’eau est la ressource indispensable à tout développement. Or selon l'ONU, nos consommations d'eau vont augmenter de 50 % d’ici 2030 en raison des besoins de l'industrie, de l'énergie et de l'accroissement de la population, alors que les ressources sont limitées et que la sécheresse menace. Sachant que moins de 3 % de l’eau sur terre est de l’eau douce avec seulement 1 % sous forme liquide, l’océan incarne-t-il un espoir de ressource pour l’humanité ?

 

L’eau potable : une ressource locale

Pierre Ribaute a rappelé que la qualité de l'eau potable de Veolia en France résulte de 60 paramètres observés en continu et de 16 millions d'analyses réalisées chaque année. C’est une ressource locale car son origine est dans le sol et en surface.

   En France, il existe des zones de stress hydrique. Par exemple dans la région du Havre, on prévoit en 2050 que la Seine, en amont de l’agglomération, verra son niveau baisser de 20 à 30%. Il faut agir : une fois prélevée, l'eau qu’on ne perd pas devient une ressource supplémentaire. Et grâce aux données numériques, nous réduisons les fuites dans les réseaux. Mais l'enjeu principal reste l'impact environnemental local, car l'eau du robinet est puisée, traitée et distribuée localement.

Allons-nous boire l'océan ?

Dans de nombreuses zones du monde, Veolia utilise deux technologies de dessalement : la filtration par membranes et la distillation. Dans nos usines de dessalement, nous optimisons les consommations d'énergie, par exemple en utilisant des énergies fatales. Veolia a déjà déployé 2 300 usines de dessalement principalement dans des zones côtières en stress hydrique. Les plus petites usines sont installées sur les îles, comme aux Îles Canaries, et les systèmes les plus complexes sont maîtrisés et éprouvés, comme au Moyen-Orient [voir encadré 1]. Mais seuls 25 % de la population mondiale vit à 25 km des côtes, et 40 % à 100 km. Pour les autres, cette solution n'est pas envisageable.

Réutiliser les eaux usées en eau potable : une nécessité

Pour Pierre Ribaute, il faut bien sûr agir sur la consommation mais aussi réutiliser l'eau. Aux Etats-Unis, la Californie envisage de faire voter une loi pour réutiliser les eaux usées en eau potable (“Reut”). L'Espagne et Israël ont déjà adopté massivement cette solution. 

En France, la Roche-sur-Yon, dans la région des Pays de la Loire, subit des pics de consommation chaque été. Veolia a lancé le projet Jourdain avec Vendée Eau [voir encadré 2] où 150 m3 par heure d'eaux usées sont traités puis acheminés dans une zone humide, avant d'être réintroduits dans notre usine de production d'eau potable. De nombreuses solutions existent pour agir sur la ressource en eau. Il faut les déployer. Avec le changement climatique, notre responsabilité augmente vis-à-vis de cette ressource précieuse, a conclu Pierre Ribaute.

 

La désalinisation chez Veolia

Avec une capacité de traitement cumulée d’environ 13 millions de m3 d’eau par jour sur plus 2 300 sites dans le monde et dans 108 pays, Veolia est le leader mondial du dessalement. Quelques exemples :

  • Aux Émirats Arabes Unis, à Fujairah, une usine de dessalement hybride produit 590 000 m3/jour d'eau dessalée par distillation et traitement membranaire. Et dans l’Umm Al Quwain, 682 000 m3/j sont produits en partenariat avec China Gezhouba Group Co. 
  • Au Kazakhstan, dans la région du Manguistaou sur les côtes de la mer Caspienne, une nouvelle installation située à Aktau produit 125 000 m3 par jour.
  • Au Koweït, l’usine d’Az Zour South qui fonctionne par osmose inverse, a une capacité de 136 450 m3 d’eau traitée par jour en utilisant l’énergie fatale d’une centrale électrique.
  • Au Bahreïn sur le site d’Al Dur, une usine de dessalement traite par osmose inverse 227 300 m3/j d’eau. 
  • En Arabie Saoudite, pour la ville de Rabigh, la plus grande usine par osmose inverse des pays du Golfe alimente 2 millions d’habitants avec  600 000 m3/j ; Et en partenariat avec Marafiq, 300 000m3/j sont produits pour la ville de Jeddah, avec une future extension à 500 000m3/j.
  • Au Sultanat d’Oman, un projet de dessalement de Salalah traitera 95 000 m3/j d’eau.

Transformer les eaux usées en eau potable : le programme Jourdain (France)

Jourdain reproduit le cycle de l’eau de manière planifiée et supervisée. Plutôt qu’être rejetée dans l'océan, une partie de l’eau en sortie de la station d’épuration des Sables d’Olonne (en France) est récupérée pour être soumise à un traitement complémentaire au sein d’une usine d’affinage : 5 étapes successives y éliminent la salinité, les composés microbiologiques et les micropolluants (pesticides, composés pharmaceutiques ou industriels). Puis acheminée sur 25 km jusqu’au barrage du Jaunay dans une zone végétalisée pour retrouver son état naturel dans la rivière, l’eau termine son circuit dans l’usine de production d’eau potable locale. 150 m3/h seront traités par l’usine d’affinage (de 2023 à 2026), soit le quart des rejets de la zone urbaine, puis en 2027, 600 m3/h soit une ressource complémentaire d’1,5 millions de m3 d’eau potable sur la période de mai à octobre.

L'eau en France (source BIPE en 2017) : 

Eau potable : 5,1 milliards de m3 d'eau sont prélevés par an : 48 % pour des usages domestiques, 29 % pour l’agriculture, 24 % pour l’industrie (hors énergie).
Eaux usées : 5 milliards de m3 d'eaux usées sont traitées par an.