Vignes

Irri-Alt’Eau : la solution pour sauver la viticulture ?

L'impact du changement climatique sur le secteur agricole est particulièrement perceptible dans le sud de la France où les épisodes de sécheresse se succèdent. Le manque d'eau pèse sur les cultures, notamment les vignes, dont le rendement diminue, mettant en danger la survie de certaines exploitations viticoles. Pour en assurer la pérennité et économiser l'eau, la micro-irrigation des vignobles par de l'eau usée traitée (Reuse) est une solution pertinente, testée et éprouvée depuis 2012 par Veolia et ses partenaires. C’est le projet Irri-Alt'Eau. Découverte.

En Languedoc-Roussillon, le changement climatique est une réalité pour beaucoup de viticulteurs.
A la Cave de Gruissan, le stress hydrique du vignoble, consécutif aux nombreux épisodes de sécheresse, a eu pour impact une diminution du rendement moyen à 31 hectolitres/hectare (hl/ha), nettement inférieur à la norme régionale (52 hl/ha). Une baisse de compétitivité de l'exploitation fortement préjudiciable à son développement et sa pérennité.
 

Le Point de vue expert

C'est à partir de ce type de constat que Veolia a décidé de participer au projet de recherche et développement d'eau alternative pour l'irrigation baptisé Irri-Alt'Eau, explique François Reboul-Salze, Responsable innovation et expert usine, Région Sud, Eau France.
Dès le départ, ce projet collaboratif a été porté par un consortium de R&D intégrant collectivité (communauté d’agglomération Grand Narbonne), acteurs de la recherche (INRAE, laboratoire LBE), entreprises privées (Veolia, Aquadoc, la Cave de Gruissan) et un accompagnement par Ad'Occ (Région occitanie) , chacun apportant son expérience.

François Reboul-Salze, Responsable innovation et expert usine, Région Sud, Eau France

Un projet de R&D en 3 étapes

L'objectif était clair : à travers la réutilisation de l’eau usée traitée (Reut), développer et valider une alternative au système d'arrosage agricole des vignes à l'eau potable ou à l'eau d'irrigation classique, en maîtrisant les quantités consommées et la qualité, pour proposer aux utilisateurs une pratique raisonnée, compétitive, économiquement viable, scientifiquement étayée et durable. « Plusieurs verrous devaient être levés, poursuit François Reboul-Salze, sur le plan technique tout d’abord, liés aux risques sanitaires et environnementaux, sur le plan social ensuite, pour favoriser l’acceptation de la Reuse par les différentes parties prenantes, sur le plan de la rentabilité, enfin, pour en évaluer la pertinence économique. Le projet Irri-Alt’Eau a ainsi été conçu en 3 phases progressives de développement. »

Pictogramme prototypage

Etape 1 : Prototypage

Picto Phase 2 : Bilan positif

Etape 2 : Bilan positif

Picto Phase 3 : Démonstrateur

Etape 3 : Démonstrateur

De 2013 à 2015, la phase de prototype, à l’échelle d’une parcelle de vigne d'1,5 ha sur un site expérimental de l'INRA, a permis de lever ces verrous. Afin de comparer les impacts éventuels de la Reuse sur la plante, le sol, le fruit et la nappe phréatique, quatre bandes de vignes ont été irriguées par quatre eaux de qualité distincte : eau potable, eau agricole issue des canaux d’irrigation, Reuse de qualité B et Reuse de qualité C. 

 

 

L'effet significatif de la Reuse sur la vigne

« Le bilan a été très positif : la micro-irrigation par Reuse n’avait aucun impact négatif, détaille François Reboul-Salze. Nous avons pu alors lancer la phase 2 en créant un observatoire. Sur la période 2016-2018, nous avons irrigué plus longtemps les vignes mais en ne comparant que l’eau potable et la Reuse de qualité C, avec deux régimes d'irrigation faible (450 m3/ha/an) et très forte (900 M3/ha/an). Comme la Reuse contient de l’azote, du potassium et du phosphore, nous voulions vérifier si elle pouvait favoriser le développement de la vigne. Nous avons donc stoppé l’usage des engrais.

40% de l'apport annuel
requis en azote pour la plante


20% en phosphore


30% en potassium

et encore plus avec le débit maximum
66% - 33% - 50%

Au bilan, l’effet de fertirrigation* de la Reuse était très prononcé avec le faible débit (40% de l’apport annuel requis en azote pour la plante, 20% en phosphore et 30% en potassium) et encore plus avec le débit maximum (66%, 33%, 50%). Des résultats remarquables qui permettront de diminuer considérablement les intrants**. On avait démontré l’effet significatif de la Reuse par rapport à l’eau potable. »

Homme dans les vignes

Irri-Alt'Eau 2.0, un projet pionnier

Fort de ces succès, le projet Irri-Alt'Eau est monté en puissance en 2019 avec la phase 3 et la mise en place d'un démonstrateur. Baptisée Irri-Alt'Eau 2.0, cette étape consiste à irriguer 80 ha avec de l'eau de Reuse. Le vignoble de Gruissan a été sélectionné pour déployer progressivement le dispositif.

« Nous changeons clairement de dimension, se félicite François Reboul-Salze. Il s'agit de la plus importante référence française aujourd’hui en Reuse pour Veolia. Nous maîtrisons le savoir-faire et la méthodologie pour mener à bien ce type de projet, d’autant plus complexe à monter qu’il faut fédérer de nombreux acteurs dans tous les domaines concernés, qu’il s’agisse de l’administratif, du financier ou de l’innovation. Car ce projet innove sur de nombreux aspects. »

L'innovation au cœur du projet Irri-Alt'Eau 2.0

En matière de consommation d’eau, par exemple, via des bornes connectées implantées dans les vignes, les viticulteurs pourront contrôler, avec leur smartphone, les quantités nécessaires à l’irrigation. Une gageure rendue possible par la technologie de la société Aquadoc et sa plateforme Andromède. Autre exemple, la start-up EcoClimaSol analyse, à partir de la mesure de données dans le sol, les besoins en eau de la vigne et envoie, pour chaque parcelle, une préconisation sur mesure au viticulteur.

Le point de vue expert

Cette technologie intègre aussi un volet qualitatif. Andromède nous permet de mettre à disposition des viticulteurs les analyses de la qualité de l'eau de Reuse que nous produisons (salinité, azote, phosphore, potassium, bactériologie). Ce projet collaboratif débouche ainsi sur des solutions techniques inédites les plus en pointe actuellement. Si, depuis le lancement du projet, Veolia fournit l'eau de Reuse, en tant que délégataire de la station d’épuration de Narbonne Plage, nous allons aussi réaliser les travaux de construction de l’unité de traitement du démonstrateur. Elle fournira jusqu'à 65 000 m3 d’eau traitée par an, avec une bâche de stockage d'eau de 400 m3 d'eau brute et une bâche d'eau traitée de 50m3. Le chantier débutera en novembre prochain pour un lancement opérationnel en mai 2021.

François Reboul-Salze, rResponsable innovation et expert usine, Région Sud, Eau France

La Reuse, une eau sûre pour la population et l’environnement

Une aubaine pour le territoire de Gruissan. Car la Reuse recèle un atout de taille : elle n'est pas concernée par les arrêtés préfectoraux interdisant de pomper l'eau de l'Aude en cas de sécheresse.

« La Reuse est toujours disponible, c'est sa grande force, ce qui compense son coût plus élevé que celui de l’eau d'irrigation conventionnelle. Aujourd'hui, le monde agricole est prêt. Il y a un vrai besoin pour sécuriser l'irrigation et la pérennité des exploitations. Veolia a la méthodologie et les compétences pour accompagner ces professionnels dans la durée grâce à sa filière de traitement fournissant de la Reuse sûre pour les utilisateurs comme pour l'environnement. Ce qui fonctionne à Gruissan avec Irri-Alt'Eau pourra par la suite être transposé à d’autres activités, qu’elles soient agricoles (cultures maraîchères, pépinières…), ou urbaines (parcs, golfs, agriculture urbaine, …) pour permettre aux territoires de surmonter la multiplication des sécheresses », conclut François Reboul-Salze.

Gruissan

* La fertirrigation est une pratique permettant d'appliquer de l'engrais à sa culture par le biais d'un système d'irrigation. L'eau et l'engrais sont donc apportés simultanément dans la culture. Dans le cas de la Reut, l’engrais ce sont les minéraux déjà contenus dans l’eau traitée en sortie de station.

** Les intrants sont les différents produits apportés aux terres et aux cultures pour améliorer le rendement. Ils ne sont pas naturellement présents dans le sol.